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Automédias - séance 1 - Automedias et Affects Politiques - 2024-01-30

Créé le 30/01/24

Titre :

Automedias et Affects Politiques. Selon quelle stratégie politique le modèle automédiatique peut-il se distinguer du modèle médiactiviste?

Session animée par Igor Galligo (Université Paris 8 ; Université de Leuphana ; Automedias.org)

Intervenants: Viviana Lipuma (Université Paris 10 ; Automedias.org) ; Igor Galligo

(Université Paris 8 ; Université de Leuphana ; Automedias.org)

Propos

Dans leur ouvrage Médiactivistes, les sociologues Fabien Granjon et Dominique Cardon rappellent que la tradition médiactiviste, née de l'élan du laboratoire social qu'ont été les années 1970, s’est érigée contre l’hégémonie médiatique télévisuelle pour donner à voir et à entendre une partie invisibilisée de la réalité et des vécus. Le médiactivisme s’est construit en opposition à une organisation médiatique perçue comme étant l’expression et le rouage d’une domination politique. A l’aube des années 2000, cette organisation médiatique et cette opposition se renouvellent et se mondialisent avec l’arrivée et le développement des médias numériques.

L’hégémonie médiatique reformulée par la Silicon Valley se développe alors sous la forme de réseaux sociaux et de plateformes de communication globalisées qui permettent à tout un chacun.e de produire et de communiquer une information. En réponse, les héritiers de la tradition médiactiviste investissent le champ des médias numériques avec le désir de se réapproprier les supports d’information et de communication des Big Tech, afin de délivrer des informations et des analyses alternatives à celles diffusées par les médias dominants. Il n’en demeure pas moins que, dans ce paysage médiatique renouvelé, les postures adoptées par les médiactivistes sont parfois discutables : les contributions en ligne, sous forme de texte ou de vidéo, se présentent comme le fait d’individus ou de groupes d’activistes exceptionnels qui visent à « retourner le système contre lui-même », avec l’espoir d’être suivis par le plus grand nombre. Or, c’est là conserver non seulement les infrastructures technologiques du capitalisme numérique, mais également une structure de l’action politique fondée sur la séparation entre meneurs et suiveurs, que les réseaux sociaux reproduisent à travers l’abonnement numérique, d’un côté et les abonnés, de l’autre. Dans cette séance introductive, nous souhaitons analyser les mécanismes qui conduisent à cette posture et pour cela interroger le médiactivisme au prisme de la configuration bipartite de ses « affects politiques ». Dans Vivre Sans ? le philosophe Frédéric Lordon se livre à une critique démocratique de « la politique du/de la virtuose » accusée de sacrifier la puissance politique de la multitude devant la fascination pour l’héroïsme de quelques dissident.e.s, dont Lordon qualifie l’éloge d'aristocratisme. A la suite de sa critique, nous voudrions repenser l’action de la multitude à travers un modèle d’action capable non seulement de dépasser l’opposition fonctionnelle entre producteur et consommateur d’information, mais aussi l’opposition affective, qui permet à cette première de perdurer. Il s'agira, ainsi, de dégager quelques linéaments susceptibles de résorber le hiatus entre avant-garde et peuple/masse qui a structuré les échecs de toute politique révolutionnaire au 20ème siècle.